Pour en savoir plus sur la vision et les ambitions d’OPAL Impact, nous avons échangé avec Emmanuel Letouzé – Lallinec, fondateur et CEO de la startup. Expert reconnu des données et de l’intelligence artificielle au service de l’intérêt général, il nous partage sa vision d’une résilience climatique renforcée grâce à l’innovation.
1. OPAL Impact s’attaque à un enjeu mondial majeur : l’adaptation au changement climatique. Comment est née l’idée d’OPAL Impact et quel problème concret cherchez-vous à résoudre aujourd’hui ?
Notre but est de contribuer à réduire drastiquement les impacts humains et économiques des inondations, vagues de chaleur, sécheresses, ouragans et tempêtes, et de leurs interactions. Le point de départ est le constat, qui a nourri une colère, que la fréquence et l’intensité de ces aléas climatiques vont et iront croissantes malgré les mesures d’atténuation. On lit par exemple en ce moment les prévisions sur les effets du nouvel épisode d’El Niño.
La deuxième étape est notre conviction que limiter leur impacts est possible. Cela requiert des actions d’anticipation (ce qui peut être fait juste avant un choc) et d’adaptation (pour réduire la vulnérabilité d’actifs, d’activités et de populations) ambitieuses, systémiques, mobilisant sur les meilleures connaissances, données et technologies disponibles; soit la combinaison optimale de l’intelligence humaine et de l’IA. C’est la raison d’être d’OPALimpact.
Le projet a été incubé au sein de l’ONG Data-Pop Alliance, que j’ai fondée en 2013 aux Etats-Unis avec Harvard et le MIT pour utiliser les nouvelles données et technologies digitales pour le développement humain et l’action humanitaire de façon responsable. Plus de 10 ans et 200 projets plus tard, j’ai voulu m’attaquer au problème précis des impacts climatiques, dont j’ai vu les ravages dans de nombreux pays, avec la certitude que la plupart de ces tragédies et dégâts sont évitables.
2. Votre plateforme combine intelligence artificielle, données climatiques et expertise terrain pour favoriser l’action anticipative. Qu’est-ce qui distingue OPAL Impact des autres solutions de gestion des risques climatiques ?
Tout d’abord pour décrire OPAL je préfère souvent parler d’infrastructure ou simplement de solution digitale plutôt que de plateforme, qui paraît statique, alors qu’OPAL est pensée et construite sur un modèle modulaire, flexible, et itératif.
👉 Un premier facteur différenciant est que nous offrons une approche ‘bout-en-bout’, couvrant l’ensemble du cycle de risque, puisqu’OPAL est l’acronyme des modules Observe, Plan, Act et Learn, qui sont assez explicites. C’est assez rare et c’est notamment une réponse au ‘decision gap’ bien connu dans le domaine humanitaire: ce ne sont pas tant les informations qui manquent que les actions qu’elles devraient induire qui ne sont pas mises en œuvre, evaluées, etc.
👉 En second lieu, nous plaçons une emphase forte sur l’action anticipatoire et l’adaptation, sur la gestion proactive systémique plutôt que réactive, qui s’appuie sur une expertise spécifique.
👉 Troisièmement, nous rassemblons des profils divers, dont nombre d’expert(e)s de premier plan mondial dans les domaines de la mesure de la vulnérabilité, des effets de cascades, des systèmes et effets complexes, mais aussi du développement de projets….Il ne s’agit pas simplement de prédire des aléas, mais de comprendre et de limiter concrètement leurs impacts selon diverses temporalités. Nous optons pour cela pour une approche avec un fort ancrage territorial qui nous incite à privilégier des régions prioritaires avec plusieurs clients et à prendre en compte les perspectives et expériences des acteurs locaux.
J’ajoute deux facteurs clés. En tant que spinoff de l’ONG DPA, nous bénéficions d’une expérience et d’une réputation collective fortes et d’un large réseau, qui nous ont notamment permis de lever 500,000 euros de financement en pré-amorçage. Nous sommes aussi accompagné.e.s par la Technopole Anticipa depuis près de 8 mois, ce qui nous a permis de passer des jalons importants, comme l’intégration de l’incubateur régional Emergys et de l’accélérateur Village By CA du 22, par exemple.
3. Vous serez présents à VivaTech, l’un des plus grands rendez-vous européens de l’innovation. Qu’attendez-vous de cette participation et quels types de rencontres ou d’opportunités espérez-vous y développer ?
Nous y allons avant tout pour apprendre et comprendre ce qui se fait de mieux en matière d’innovation. VivaTech regorge de nouveautés, d’inventions, d’idées, de gens créatifs, dont on veut s’imprégner pour avancer. Nous espérons aussi évidemment pouvoir discuter avec des partenaires techniques potentiels, pour l’un ou plusieurs des modules de la solution OPAL. Et enfin bien sûr, nous voulons mieux comprendre comment nous pouvons servir les besoins de nos cibles commerciales prioritaires, comme les collectivités territoriales, agences de gestion des désastres, et les secteurs de l’assurance et de l’agro-alimentaire.
4. Quel impact aimeriez-vous avoir généré dans les territoires les plus exposés aux risques climatiques d’ici 5 ans ?
Je veux qu’ils soient plus habitables malgré le changement climatique. Mon ambition à terme est que dans les territoires où nous opèrerons, nos clients publics et privés, et les populations qu’ils servent, se demandent comment les impacts climatiques étaient gérés avant OPAL.
A une échelle encore plus large, je voudrais qu’avec OPAL, ce qui apparaît aujourd’hui comme des tragédies et des pertes inévitables deviennent des exceptions inexcusables; que les actions d’anticipation et d’adaptation climatiques soient de ce fait considérées comme des avantages concurrentiels, économiquement et politiquement, et non des coûts financiers optionnels.
Cela demandera du temps, et de démontrer les bénéfices concrets de nos produits et services, qui, on le sait, ne seront pas faciles à quantifier: combien de vie auront été sauvées par une alerte bien ciblée, bien comprise, et suivie de l’envoi proactive de fonds pour se mettre à l’abri face à un aléa majeur; combien d’enseignes, d’usines, de routes, de cultures et de têtes de bétail auront été épargnées par la prise en compte des risques climatiques; combien en dommages aura été économisé grâce au déclenchement d’assurances paramétriques en amont d’un choc; quelles activités auront pu fleurir grâce à une adaptation bien pensée?
C’est toutes nos activités économiques et sociales qui potentiellement peuvent être transformées. Je veux avec OPAL construire l’infrastructure digitale universelle pour la résilience climatique.